lundi 24 août 2009

Chouei chouei, le retour

Par Elodie

- Allo, Beyrouth ?
- …
- Mais que se passe-t-il ?
- …
Rien, silence radio depuis des semaines. Bizarre ? Non, rassurez-vous nous ne nous sommes pas perdus dans le blizzard de l’été : nous nous sommes juste octroyé une petite pause. Après une parenthèse chypriote, nous voilà de retour à Beyrouth. C’est vrai, on avait oublié les négociations interminables avec les chauffeurs de taxi qui refusent parfois de rendre la monnaie, les coupures de courant, les concerts de klaxons… et les fuites d’eau ! Pas de pluie depuis mai, sauf dans notre appartement. Quel privilège n’est-ce pas ? Heureusement, nous avons retrouvé le hommos, le taouk et les kebbés, et le sourire avec.
(- Dring !)
Sfouf alors, j’avais oublié que le plombier avait promis de passer… il y a un mois !

vendredi 24 juillet 2009

Beyrouth, en été, roule-t-elle des mécaniques ?

Par Julien

Je sais ce que vous pensez? Je sais ce que vous avez envie de me dire. Je vous vois venir, oui, parfaitement, oui (et j'ai bien tort, mais c'est plus fort que moi, relent de mauvaise conscience). Celui-là, pensez-vous : il va nous parler de vacances (c'est le titre qui vous murmure ce trait) alors que ça faisait quelque temps déjà qu'il ne postait plus sur Chouei-Chouei, le blog. Il n'en branlait pas une, vous dîtes-vous. Et vous avez raison, et vous avez tort en même temps.

Que voulez-vous ? Le temps fait son chemin comme il peut, et moi, comme je peux. La géographie vous emmène là où vous n'étiez pas. J'y suis, j'y reste, mais je ne sais pas. Y suis-je ? Le climat vous déboussole : vous n'êtes plus ce rythme qu'on vous connaît, vous êtes ce rythme nouveau, décuplé, léger et serpentin. Je passe entre les gouttes (de l'air chaud, sublime et humide). Je traînasse sous l'haleine de feu (le soleil ne désemplit pas). Je lis comme je respire. Et je boucle la boucle de mon année avant la rentrée. Sans compter sur mes projets qui me brûlent les doigts.

Beyrouth, elle (ou peut-être devrais-je dire : « lui » - doit-on personnifier une ville en lui attribuant un sexe ?), ne chôme pas non plus. Ne dort pas, bouchonne et klaxonne, parade et caracole. Les vacances, cette année, c'est près de deux millions de visiteurs pendant l'été. Deux millions de pèlerins sur l'équivalent de deux départements français. Tous les hôtels sont complets, pas de voitures de location disponibles, les restaurants bondés. Deux millions : soit près de la moitié de la population (estimation, bien entendu, puisque les dernières statistiques officielles en la matière remontent à 1932, histoire de ne pas froisser les communautés susceptibles).

Inutile de dérouler plus longtemps les variables de l'équation. En survolant le résultat, je dirais sobrement que c'est le bordel (un joyeux bordel, un sacré bordel, et un bordel sans limites). Pas de traitements des eaux usées, pas d'électricité pour tout le monde (manque quand même un quart de ce qui faudrait), pas de transports publics, pas de plages publiques (ou presque), pas de régulation des prix, etc. Les touristes ne se privent pourtant pas.

Pétrodollars et finance à gogo. Paradis fiscal et vodka plein pot. Je te fais péter du Hummer (4*4 de l'armée américaine transformé en paquebot roulant) tout chromé sur la corniche. La Lanborghini en double-file, je te paie un petit whisky ? Une bouteille, même. Une caisse, si tu veux. Bang Bang, Nancy. Et on fera la soirée en Porsche. Direction le Sky Bar : feu d'artifice tous les soirs, musique électronique, entrée sur invitation seulement (sauf les jolies filles refaites et plastiquées : entrée libre), piquette VIP (c'est imbuvable mais ça vous crame le gosier).

Ce n'est pas tout, ce n'est partout comme ça. Même si on a parfois l'impression que la vie est tentée de ressembler à sa propre caricature. Question à la Oscar Wilde : est-ce l'art qui imite la nature, ou la nature qui imite l'art ? Beyrouth, Oscar Wilde ? Du dandysme subreptice entre deux coupures de courant ? Pourquoi pas. Là encore : la vitalité retrouvée de cette ville donne du fil à retordre, mais dessine de belles figures dans le ciel. C'est si bon, une traversée de la ville sur les chapeaux de roues, avec un chauffeur qui se poile et des filles qui se pomponnent. Beyrouth pue le carbone et fond entre deux passages de climatisation, mais Beyrouth fait la coquette. On danse ?

mercredi 15 juillet 2009

Qu'il est douloureux d'être... gourmands !

Par Elodie

Nos découvertes gastronomiques se poursuivent au fil des saisons, avec l’arrivée régulière de produits inconnus sur les étals de notre marchand de légumes. Après moult hésitations, je me suis décidée à expérimenter – encore et toujours ! – les petites fusées vertes qui me narguent du haut de leur étrangeté depuis quelques semaines.

Me voilà donc avec une bonne livre de cornes grecques, aussi appelées gombos, ou encore « bania » en arabe libanais, en poche. Une rencontre qui n’a pas manqué de piquant : ces petites cornes vertes sont dotées de petites épines très fines lorsqu’elles sont crues. Obligatoire, l’épluchage des pédoncules m’a donc laissé les mains usées et douloureuses. Un instant, le souvenir de mes premières figues de barbarie, dévorées avec gourmandise sur une plage algérienne m’est revenu. Surtout, les heures passées ensuite à geindre devant la main de ma maman armée d’une pince à épiler. Heureusement, les épines des gombos ne sont ni aussi longues, ni aussi dures.

Mais alors, vous avez mangé des épines ? me direz-vous. Que nenni, à la cuisson, elles disparaissent, tandis que les petites cornes vertes deviennent tendres. Quel bonheur alors de découvrir ce nouveau goût parfumé et aussi doux que les épines sont hargneuses… Pour être gourmand aussi, il faut savoir souffrir !


Gombos à l’huile d’olive

(Bémié bzeit)

Si les gombos ainsi cuisinés peuvent se servir en mezzé, froid ou chaud, ils constituent aussi un excellent plat, accompagnés par exemple de borghol.

Préparation : 30 minutes (si vous êtes rapides pour l’épluchage)

Cuisson : 30 minutes

Pour 6 personnes :

1 kg de petits gombos frais ou surgelés

3 ou 4 tomates bien mûres

3 oignons

1 tête d’ail

3 cuillères à soupe d’huile d’olive


Si les gombos sont frais, peler le pédoncule sans le couper (cela permet de les garder fermes à la cuisson).

Eplucher les oignons et les hacher, puis peler l’ail mais laisser les gousses entières. Peler les tomates et les couper en quartiers.

Dans un faitout, faites revenir les oignons quelques minutes avec le reste d’huile d’olive. Ajouter les gombos, les tomates, puis les gousses d’ail entières. Saler et poivrer. Couvrir et laisser mijoter 20 minutes à feu doux.

Il est possible d’ajouter à la fin de la cuisson de la coriandre fraiche ciselée, en fonction de votre goût.