mercredi 5 mai 2010

Bouteilles, recyclage et étagères

Par Elodie

Au Liban, deux systèmes d’approvisionnement en eau cohabitent : l’eau du réseau officiel et l’eau qui provient des citernes installées sur les toits des immeubles. Il y a donc deux robinets dans toutes les cuisines, même si celui du réseau officiel ne fonctionne que très rarement. De toute façon, aucun ne distribue de l’eau potable propre à la consommation immédiate. Il est donc (fortement) recommandé de la faire bouillir ou de consommer de l’eau minérale.

Dans un pays plombé par la chaleur quatre à six mois dans l’année, les eaux en bouteilles représentent un business considérable. Et une source de déchets en plastique énorme. Avez-vous déjà calculé le nombre de bouteilles en plastiques que vous consommez par an ?

A raison de 3 litres d’eau par jour en moyenne, vous consommez au minimum 1095 litres par an, soit plus de 182 bonbonnes de 6 litres. Est-il possible de supporter l’idée que cette guirlande géante de plastique aille orner la superbe montagne de déchets de Saïda, ou l’une de ses cousines, pour s’étaler ensuite dans les fonds marins et rejoindre peut-être les côtes turques, chypriotes ou grecques ?

Deux centres de tri des déchets et de recyclage ont certes été ouverts au début de l’année dans le Sud du Liban, mais lorsqu’on s’efforce d’alimenter les quelques bacs de récupération du verre ou des journaux qui existent à Beyrouth, les passants éclatent de rire. "Vous savez, ça sert à rien : quand le camion poubelle vient les prendre, ils les mélangent avec le reste des ordures…" La montagne a encore de l’avenir. En attendant, nos bouteilles d’eau s’entassent toujours. Mais alors, que faire ?


Puisque l’on peint les œufs, et même les poussins vivants comme j’avais pu le découvrir –médusée- sur les bords de l’autoroute lors du week-end de Pâques, pourquoi ne pourrait-on pas peindre nos chères bonbonnes pour les détourner de leur fonction première?


La solution est évidemment loin d’être parfaite, mais l’expérience peut amener un peu d’occupation (quoique nous n’en manquions pas, il est vrai) et d’humour dans votre salon. A vos pinceaux !

mercredi 28 avril 2010

Les joies de l'été

Par Elodie

Avril, le temps du printemps, des fleurs, des fraises, des fèves fraîches formant de jolies montagnes vertes sur les étals qui ponctuent les bords de l’autoroute. Le printemps, pourtant, semble déjà presque envolé, comme poussé dehors par l’été qui s’annonce précoce cette année. Il ne reste plus que quelques pans de neige sur les flancs de la Qornet-al-Saouda et de Sannine.

En bas, à Beyrouth, le thermomètre s’affole, les clims commencent à rugir et les coupures reviennent en masse. Hier par exemple : trois coupures dans une même journée. A peine commencé à faire quelque chose… Couic ! Comment voulez-vous qu’on s’y retrouve s’ils ne respectent même plus le planning des coupures ?

Heureusement que nous avons eu de la visite pour nous réconforter. En pleine forme, les antennes toutes frétillantes après plusieurs mois d’absence, Georges est venu nous saluer au pied du lit ce matin. On commençait à s’inquiéter de la survie de la famille blatta orientalis. Nous voilà rassurés. Après Malik le moustique, qui a débarqué depuis plusieurs semaines avec toute sa tribu, c’est Mimi la fourmi, la petite nouvelle que l'odeur des maamouls a fait rappliquer.

Formicidae, de la super-famille vespoidea, du sous-ordre apocrita, de l’infra-classe neoptera, de la sous-classe pterygata, de la classe insecta. Voilà, les présentations sont faites, la famille est désormais au complet. L’été peut s’avancer, il est attendu d’antenne ferme.

samedi 10 avril 2010

Un air de printemps (bis)

Par Julien

Le temps étant ce qu'il est, je dois bien composer. Il (me) déborde parfois ; je n'ai pas pu, ces derniers jours, contribuer directement à nourrir notre chouei-chouei carnet de voyage numérique. Mais je suis là, sur les photos que je prends parfois, dans les idées qui se trament et se retrouvent ensuite postées, sous la forme de billets, avec photos, ou commentaires, et tutti quanti.

Et là, à la lecture du dernier billet d'Elodie, me vient une parole. Un texte. Gide, et Les nourritures terrestres. Dans le quatrième livre, III, on peut lire ceci :

"Don du poète : celui d'être ému par des prunes.
(La fleur ne vaut pour moi que comme une promesse de fruit.)"

Le printemps est bleu, en ce moment, c'est la couleur dominante ; mais il est vert aussi, et chatoyant, parce que l'eau se transforme quand elle aboutit quelque part et irradie ce pays de montagnes situé, faut-il le rappeler, à la source du "croissant fertile" des géographes. De quoi le transformer, avec un peu d'imagination et/ou en avalant quelques kilomètres sur les petites routes de montagnes, en pays de Cocagne.

C'est sans doute pour cette raison que le printemps donne envie de dire que non, il n'existe pas de "rue privée". Si c'est une rue, on a le droit de passer. On a le droit de passer, sur ces montagnes. Et toc ! C'est quoi ce barouf, ce micmac, et tout ce tsouin-tsouin. On n'est pas sérieux, quand on pisse du dollar et qu'on s'installe comme ça, sur un sommet qui regarde la mer de loin, sans rien demander à qui que ce soit. Regardez-moi ça :



Voici ce que je vous propose : soyons fous, on s'en fout !

Que voulez-vous ? C'est pas moi qui le dit, c'est le printemps qui nous le raconte. Cavaler dans les vallées : y'a que ça de vrai. En route (pour la joie) !