Par Elodie
Alors que j’essayais de me frayer un chemin dans les allées encombrées de notre supermarché habituel il y a quelques jours, une dame plongeait le bras dans mon chariot. Interloquée, je me retourne et la découvre très concentrée sur la nouvelle poêle que je viens d’y glisser après moult hésitations pour remplacer sa grande sœur, définitivement hors d’usage. Après une longue et sans doute grandiloquente interpellation en arabe, je m’excuse de ne pas parvenir à comprendre. Pas de problème, mon interlocutrice se glisse dans un bon français pour une version raccourcie, appuyée d’un nouvel examen du fond de la poêle flambant neuve au fond de mon charriot : « Vous croyez que c’est de la bonne qualité ? » Surprise de la question, je sors mon plus grand sourire et bredouille quelques mots polis pour m’échapper de cette situation incongrue.
Avec le recul, j’aurais sans doute mieux fait d’exploser de rire et de répondre en toute franchise que non, ce n’était sans doute qu’une nouvelle camelote qui durerait à peine quelques semaines. Force est d’avouer que la qualité et la durabilité ne seraient pas les premiers qualificatifs dont j’estampillerais les produits manufacturés achetés au Liban. A bien y réfléchir, j’avais oublié que l’étendoir à linge avait littéralement plié dès les premiers vêtements posés dessus, que la cafetière avait failli exploser à la trentième utilisation, et que l’antenne de la radio (certes soumise à rude épreuve par nos petites manies compulsives d’exploration du spectre) m’étais restée dans la main le premier matin… Feu, mon cher fer à repasser me l’a rappelé ce matin en laissant échapper son dernier soupir, presqu’un an jour pour jour après son acquisition.
Au Liban, il faut en fait choisir entre les produits de bonne allure mais de piètre qualité (vous devinez la provenance, n’est-ce pas ?) qui inondent les quartiers foire fouille de Bourj Hammoud, Mazraa et Ouzaï, et les fusées Ariane de l’électroménager qui peuplent les boutiques chics et qui envoient au passage votre compte en banque dans un trou noir. Finalement, ça fait bien longtemps que je n’ai pas eu l’occasion de me promener dans le joyeux bordel du quartier arménien…
mardi 26 janvier 2010
mardi 19 janvier 2010
Les joies de l'administration
Par Elodie
Un bâtiment décrépi coincé entre une autoroute et une voie rapide, dont les étages supérieurs sont abandonnés. Est-ce bien là que le quidam libanais doit se rendre pour obtenir des explications sur les taxes et éventuellement les régler ?
Vu les centimètres de poussière accumulés dans l’escalier où la trace de mes pas découvre un lino beigasse caché sous la crasse, si c’est bien là il n’y a pas grand monde qui est au courant. A moins qu’ils ne prennent l’ascenseur pour se rendre au premier étage. C’est vrai, j’oubliais cette possibilité.
Au bout d’un couloir, enfin, un bureau avec trois paires d’yeux qui nous observent négligemment derrière leur comptoir avant de replonger le nez dans leurs occupations respectives. La dame du comptoir le plus proche, vers lequel nous nous avançons, s’est retournée vers la fenêtre. Elle croque dans sa pomme en regardant les voitures qui roulent furieusement quelques mètres plus bas. Hum, la pomme au carbone, c’est délicieux ! C’est vrai, milieu de matinée c’est l’heure du manouché, mais notre dame a visiblement opté pour l’option light.
Nous attendons, avec le sourire histoire de ne pas la froisser. Les deux autres discutent. Une autre personne arrive dans le bureau et interpelle la mangeuse de pomme en arabe. Cric, croc, crac. Une fois le trognon rouzigué, elle s’installe à son ordinateur qui semble sortir tout droit de Star Trek (les fantasmes futuristes des années 60 ont bien mal vieilli), consulte un fichier, imprime une feuille (cela prend déjà une bonne dizaine de minutes vu la rapidité de la machine). Notre homme sort une liasse de billets et part avec son papier. Quelques minutes plus tard, on s’intéresse enfin à notre cas. Elle plonge sur sa calculette, qui fait au moins la taille d’un grand cahier, et tente de nous expliquer.
Finalement, nous passons dans un autre bureau où quatre personnes sont installées. Dans un coin, trône un ordinateur spécifique, relié à une imprimante. Notre interlocuteur (au demeurant, plutôt sympathique) attend que son collègue le libère pour rechercher des informations. Il nous donne une autre version du calcul et nous invite à revenir plus tard. Vous êtes sûr ? Oui, oui, pas de problème. Dans deux semaines, ou peut-être dans un mois, on verra. Hum, évidemment pas de papiers pour s’en assurer, de toute façon l’imprimante agonisante semble trop fatiguée pour sortir quoi que ce soit. Cette administration est résolument fort bien équipée et efficace.
Quand je pense qu’il y a des hurluberlus qui voudraient que tout ça fonctionne en ligne, avec des vrais ordinateurs, un réseau qui marche, etc. Mais même dans Star Trek, ils l’avaient pas imaginé ça !
En attendant, la gouvernance électronique est loin d’être une réalité très développée au Liban et cela ne semble pas en passe de s’arranger. D’après un récent rapport de l’ONU, sur la question, le pays a même régressé de plus de 9% en un an.
Un bâtiment décrépi coincé entre une autoroute et une voie rapide, dont les étages supérieurs sont abandonnés. Est-ce bien là que le quidam libanais doit se rendre pour obtenir des explications sur les taxes et éventuellement les régler ?
Vu les centimètres de poussière accumulés dans l’escalier où la trace de mes pas découvre un lino beigasse caché sous la crasse, si c’est bien là il n’y a pas grand monde qui est au courant. A moins qu’ils ne prennent l’ascenseur pour se rendre au premier étage. C’est vrai, j’oubliais cette possibilité.
Au bout d’un couloir, enfin, un bureau avec trois paires d’yeux qui nous observent négligemment derrière leur comptoir avant de replonger le nez dans leurs occupations respectives. La dame du comptoir le plus proche, vers lequel nous nous avançons, s’est retournée vers la fenêtre. Elle croque dans sa pomme en regardant les voitures qui roulent furieusement quelques mètres plus bas. Hum, la pomme au carbone, c’est délicieux ! C’est vrai, milieu de matinée c’est l’heure du manouché, mais notre dame a visiblement opté pour l’option light.
Nous attendons, avec le sourire histoire de ne pas la froisser. Les deux autres discutent. Une autre personne arrive dans le bureau et interpelle la mangeuse de pomme en arabe. Cric, croc, crac. Une fois le trognon rouzigué, elle s’installe à son ordinateur qui semble sortir tout droit de Star Trek (les fantasmes futuristes des années 60 ont bien mal vieilli), consulte un fichier, imprime une feuille (cela prend déjà une bonne dizaine de minutes vu la rapidité de la machine). Notre homme sort une liasse de billets et part avec son papier. Quelques minutes plus tard, on s’intéresse enfin à notre cas. Elle plonge sur sa calculette, qui fait au moins la taille d’un grand cahier, et tente de nous expliquer.
Finalement, nous passons dans un autre bureau où quatre personnes sont installées. Dans un coin, trône un ordinateur spécifique, relié à une imprimante. Notre interlocuteur (au demeurant, plutôt sympathique) attend que son collègue le libère pour rechercher des informations. Il nous donne une autre version du calcul et nous invite à revenir plus tard. Vous êtes sûr ? Oui, oui, pas de problème. Dans deux semaines, ou peut-être dans un mois, on verra. Hum, évidemment pas de papiers pour s’en assurer, de toute façon l’imprimante agonisante semble trop fatiguée pour sortir quoi que ce soit. Cette administration est résolument fort bien équipée et efficace.
Quand je pense qu’il y a des hurluberlus qui voudraient que tout ça fonctionne en ligne, avec des vrais ordinateurs, un réseau qui marche, etc. Mais même dans Star Trek, ils l’avaient pas imaginé ça !
En attendant, la gouvernance électronique est loin d’être une réalité très développée au Liban et cela ne semble pas en passe de s’arranger. D’après un récent rapport de l’ONU, sur la question, le pays a même régressé de plus de 9% en un an.
samedi 16 janvier 2010
Bordel singulier
Par Julien
Salut à toi, ô (Chouei-Chouei) Beyrouth,
Samedi transparent et ouvert, comme un matin où le temps s'est arrêté, où le soleil peigne ses rais d'or sans ombre ni sans mesquinerie. Y'a comme du bordel magnifique dans l'air. Du plaisir dans le retour sur cette terre où les agrumes sont rondes, juteuses, et uniques. Où le hommos s'acoquine avec les rêves les plus fous, les désirs de roi, de toi, de nous, dans l'antre de chez soi, chez nous, chez vous maintenant. Où la musique s'anime à tue-tête sur des autoradios pourris, entre deux trombes de klaxons, et trois salves de "yalla habibi" !
Une fois n'est pas coutume, musique, maintenant, pour étreindre l'oisiveté de la Méditerranée qui nous regarde, de l'autre côté des collines... Charbel Rouhana, c'est à toi.
Salut à toi, ô (Chouei-Chouei) Beyrouth,
Samedi transparent et ouvert, comme un matin où le temps s'est arrêté, où le soleil peigne ses rais d'or sans ombre ni sans mesquinerie. Y'a comme du bordel magnifique dans l'air. Du plaisir dans le retour sur cette terre où les agrumes sont rondes, juteuses, et uniques. Où le hommos s'acoquine avec les rêves les plus fous, les désirs de roi, de toi, de nous, dans l'antre de chez soi, chez nous, chez vous maintenant. Où la musique s'anime à tue-tête sur des autoradios pourris, entre deux trombes de klaxons, et trois salves de "yalla habibi" !
Une fois n'est pas coutume, musique, maintenant, pour étreindre l'oisiveté de la Méditerranée qui nous regarde, de l'autre côté des collines... Charbel Rouhana, c'est à toi.
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