mercredi 2 décembre 2009

Automne oriental

Par Elodie

En ces contrées orientales, l’automne - loin de revêtir une triste mélancolie - souffle comme un vent joyeux et libéré. La chaleur écrasante de l’été a laissé place à des journées douces. La nature a repris ses aises, le parc s’est ainsi paré d’un vert intense. Ça et là, les branches des arbousiers ploient sous leur charge rouge.

La ville elle-même a retrouvé toute son énergie (ou peut-être ne l’avait-elle pas perdue tandis que nous n’avions plus le temps de la sentir vibrer), elle croque, elle court, elle rit à cent à l’heure. Sur la Corniche, les jeunes et moins jeunes pavanent et bavardent l’après-midi en regardant les rayons dorés du soleil couchant caresser la mer et la ville. Assis par deux sur les rochers, les amoureux chuchotent suffisamment loin des pêcheurs pour ne pas être entendus. Eux, restent là comme toujours, les pieds –souvent nus- dans l’eau tandis que quelques audacieux se baignent encore. A moins que dépourvus d’audace, ils n’aient simplement perdu la raison. Le thermomètre frôle les 20°C, si bien que les écharpes et les manteaux emmitouflent les passants raisonnables. Heureusement, les vendeurs ambulants de maïs grillés sont là, pour ceux qui ne sont pas trop regardant sur les conditions de préparation. Cric, croc, crac… Les enfants rouziguent les épis encore chauds. A quelques mètres de là, les pêcheurs qui viennent de ramener leurs barques font griller du poisson tout frais sur un barbecue improvisé avec quelques bouts de charbon. On peut fermer les yeux, le nez au vent pour attraper cette odeur fabuleuse, qui sent si bon l’été méditerranéen pour moi. Mais déjà, la nuit s’installe et la fraîcheur me rappelle qu’il n’en est rien. J’ai oublié mon bonnet et mes gants : il faut vite sauter dans un VGV* pour rentrer.


* « Van à grande vitesse » : voir le billet de Julien là-dessus, ou la séquence admirablement filmée par Elia Suleiman dans Le temps qu’il reste, lorsqu’il prend un des ces engins entre Nazareth et Ramallah.

samedi 14 novembre 2009

Sans titre (comme on peut le voir sous certains tableaux)

Par Julien

Envie, comme ça, de poster un billet, au beau milieu de l’après-midi. De renouer avec le Chouei-Chouei Blog, quand bien même, ce blog, au fond, n’est qu’un extrait de ce que nous pouvons partager ici, au Liban. La substance de tout ce tsouin-tsouin beyrouthin est à chercher dans les mouvements diligents d’une curiosité sans voyeurisme, d’un questionnement sans perte de sens, sans anicroche.

Je vais même me permettre de m’auto-citer. Ou de reprendre quelques lignes seulement, envoyées ce matin, par message, à ma famille qui se reconnaîtra ou qui reconnaîtra ledit morceau de texte, mais ne m’en voudra pas. Parce que, bizarrement, j’ai eu envie d’en dire plus, et d’ouvrir cet état d’âme à ceux de nos amis qui souhaiteraient en apercevoir les formes. Histoire de faire écho à ce moment de félicité, à cette journée suspendue au-dessus de nos derniers plans de vol. De toute façon, la vie fonctionne souvent sur ce mode là : on raconte parfois à un de ses proches ce qu’on a vu ou éprouvé, on prend le métro, on rentre chez soi. Et là, on se rend compte qu’on avait plus à dire. Que la piste défrichée s’avérait prometteuse. Que l’humeur mise à jour donnait le ton de toute une journée, voire révélait une allure, une courbe des derniers jours, une tangente rétrospective. Et le soir même, autour d’un verre de vin, on reprend ce fil, et on le prolonge, sans égard pour ce qui a été dit.

La Jordanie me semble déjà loin, disais-je, tant le turbin reprend vite ses droits (et ses devoirs) et, pourtant, le souffle est là, du désert et de la lumière, qui irrigue les veines, et flamboie quelque part, en Elodie, en moi. Ce week-end, ajoutais-je dans ce message, c’est donc farniente, lecture, cuisine, etc. Le soleil était doux ce matin, la ville plutôt calme (il faut raison garder : on entendait tout de même le ronflement des diesels éternels, Mercedes en l'occurrence, des années 60-70), le ciel s’est rabattu cet après-midi, sur des bleu-gris de mi-saison, avec d’épais flocons de nuages. Plus personnel : je précisais ensuite que notre frangipanier a laissé éclore, sur notre terrasse, deux de ses fleurs dont on ignorait jusque-là de quelles couleurs elles pourraient s'enorgueillir : blanc, filant sur un rose frêle et transparent.

Nous pensons à nos proches, aussi, au sens large. Les parenthèses sont faites pour ça, aussi : regarder dans le rétroviseur, et envisager le retour, qui est devant, au bout de la route, au prochain carrefour. Les proches, c’est une litanie de mots, de noms propres, d’images et de rêveries. Je reprends ma liste, et je la nourris encore un peu : Baie-Mahault, ses scolopendres, les nièces, et les rhums arrangés ; Saussines, ses fromages de chèvre, ses vignes vierges, la Clau farfelue et son merveilleux Dédé ; Sainte-Foix, où le ping-pong est un sport qu'on pratique en sous-sol, comme dans une boîte de sardines (Le Gonidec ?) ; Niort, son Panoramic et sa rue Pierre Curie, La Coudraie et Saint-Georges-de-Rex ; et Saint-Hilaire aussi, hilare et tellement poitevin ; ou La Rochelle, son Puilboreau et sa Grand-Rue, ses vieux tonitruants et hypermodernes ; la Bretagne, depuis ses marches historiques jusqu'aux côtes infinies où c'est par-là, dit-on, l'Amérique, Vitré-Rennes-Concarneau, la Guyane, son lycée paumé et verdoyant ; Kinshasa, ses nids de poules sur la route, ses moustiques gros comme des ongles ; et j'en passe et des meilleurs, et/ou Paris, "qui bat la mesure, Paris qui mesure notre émoi", etc. : de quoi bourlinguer. Par les seuls vocables, nous sommes à Beyrouth et ailleurs.

Pensées naïvement vagabondes. C’est si bon.

vendredi 16 octobre 2009

A la machine

Par Elodie

Occupée à pendre une lessive entre deux coups de fil ce midi, j’avais abandonné l’idée de réfléchir, depuis un bon moment, pour laisser mes pensées (ou ce qu’il en reste) voguer paresseusement. Pour une fois. D’un seul coup, en étirant les vestiges d’un vieux T-shirt tirebouchonné, j’ai réalisé pourquoi ça me faisait du bien : ce n’est plus moi qui passais à la lessiveuse. Et je fredonnais : passer ses équipes à la machine, jusqu’à effacer leurs cerveau d’origine…. Vous connaissez pas ? Mais, si, un petit effort. Evidemment, le fameux hit qui reste à la Une du top 50 du farpait manager moderne depuis des mois.

Imaginez le clip, comme dans un dessin animé : on m’aurait vue y entrer en pleine forme, me rabougrir à mesure que ma tête tournait dans le tambour (avec le visage écrabouillé sur la vitre bien sûr !), puis être éjectée en loque comme Astérix envoyant en l’air ses Romains préférés… Malheureusement, mes (non)talents de dessinatrice ne me permettent pas de vous faire ce drôle de petit schéma d’un coup de crayon.

C’est incroyable comme ça réveille l’imagination ce genre d’activité. Vive la machine à laver et l’étendoir ! En attendant, je vous rassure : c’est vendredi (Youpi !), dans quelques heures, je m’étends confortablement dans notre sofa pour y « sécher » tout le week-end.