samedi 6 juin 2009

La frangipane, ça pousse dans les arbres ?

Par Elodie

Il y a des jours où on se demande pourquoi on s’est levé : on rencontre « Georges » et tous ses amis, on souffre de problèmes informatiques (Que sommes-nous désormais sans Word ou sans Internet ?), de coupures de courant qui ne respectent pas les plannings, de retards de paiement, d’interlocuteurs désagréables, etc. Et il y en a d’autres, heureusement, qui bondissent de surprise en surprise.

Hier par exemple, j’ai récolté deux chèques et découvert comment ici au Liban, on peut même encaisser ceux d’une tierce personne. Une erreur sur le nom indiqué sur votre chèque ? Ohlala, il va falloir attendre encore des semaines pour qu’ils le refassent sans se tromper… Mais non, habibi, ma fi machklé : pas de problème. Une simple petite signature et c’est arrangé. Je suis restée ébahie devant ma banquière qui n’a pas bronché, tout juste demandé si c’était bien « mon amie » qui avait signé. Autre chose, Madame ? Heu, non…

Légère et joyeuse, j’ai descendu la colline en moins de deux pour rentrer à la maison, où m’attendait en fait une autre surprise. Une fée, il y en a plusieurs dans notre voisinage, m’avait déniché un arbre abandonné pour habiller notre petit balcon. Mais pas n’importe quel arbre : un beau frangipanier, déjà plus grand que moi. En hiver, ils ressemblent à des arbres quasi préhistoriques avec leurs petits troncs dénudés, mais la chaleur estivale fait éclater de grosses feuilles parsemées de fleurs parfumées.

Mazbout ! Très bien, mais… Comment je fais pour le porter jusqu’au cinquième étage ? Ma fi machklé, habibi : l’ancien propriétaire de l’arbre, qui avait souhaité changer de décor, me l’a monté tandis que la fée me ramenait un énorme pot et de la terre pour installer notre nouveau locataire. Notre bel oranger et son cousin le pamplemoussier ont désormais un grand frère qui se dresse fièrement sur le balcon. Certains se diront peut-être que j’aurais dû jouer au loto. Ils ont peut-être raison, mais tout cela ne répond pas à la question que vous vous posez tous : le frangipanier, c’est l’arbre qui donne la frangipane ?

Que nenni, il en donne seulement l’odeur – paraît-il, lorsqu’il est fleuri. M'enfin ! Vous savez bien que la frangipane est une crème à la poudre d’amandes, qui ne pousse que dans les casseroles de cuisinières aguerries. Décidément, il faut vraiment que je reprenne mes chroniques gastronomiques.

Vrai faux sfouf... au citron !

Voici un gâteau qui d’emblée nous a fait pouffer de rire : le sfouf ! Le quoi ? Le sfouf est un gâteau libanais légèrement croustillant, il est fait à partir d’un mélange de semoule de blé fine et de farine classique, qui se pare d’une belle couleur jaune grâce au curcuma. Hum, ça a l’air terriblement bon… Sfouf alors ! C’est à l’anis et j’aime pas ça.

Ma fi machklé (pas de problème), j’ai plus d’un tour dans mon sac et je ne vais pas me décourager pour ça. Après quelques expériences, j’ai abouti à cette recette de vrai faux sfouf au citron : la même texture que son cousin à l’anis, avec une saveur agréablement acidulée. Au goûter, au petit-déjeuner, au dessert… Sfouf alors, yen a déjà plus !

Préparation : 15 minutes

Repos de la pâte : 1h

Cuisson : 20 min

Pour 6 personnes :

300 g de semoule de blé fine

250 g de farine

300 g de sucre en poudre

20 cl de lait

50 g de beurre à température ambiante

10 cl d’huile neutre

2 citrons pressés

1 cuillère à café de curcuma

1 cuillère à café de levure chimique

25 g de pignons de pin

1 cuillère à café de téhiné

Mélanger la farine et la semoule avec le beurre et l’huile, ajouter le sucre, le curcuma et la levure, puis ajouter le lait en enfin le jus de citron.

Enduire de téhiné un plat à tarte de 30 cm de diamètre, y étaler la pâte à sfouf, l’aplatir avec la main mouillée pour éviter que la pâte colle.

Parsemer de pignons de pin.

Laisser reposer pendant 1h15 min avant la fin, préchauffer le four à 250 °C (th. 8-9) pendant 15 min.

Enfourner le sfouf et laisser cuire pendant 20 min.

Sortir le plat du four. Le laisser tiédir et couper ensuite des parts en forme de carré ou de losange de 3cm de côté.

Ces gâteaux se conservent une semaine dans une boîte hermétiquement fermée.

Recette adaptée d’un extrait de Cuisine libanaise d’hier et d’aujourd’hui, d’Andrée Maalouf et Karim Haïdar.

vendredi 29 mai 2009

Impressions de Syrie

Par Julien

La leçon, pour jargonner un peu à l’ancienne, des voyages hors des frontières (limites qui se reconstituent sans cesse, où que l’on se trouve) des us et coutumes, c’est la révélation de ce qu’on pressentait parfois. Ou de ce qu’on ressentait. Notre excursion syrienne m’a tout appris de ce que je savais déjà. Il y a quelque chose comme ça. Beyrouth, le Liban, la région, c’est comme si je les connaissais mieux maintenant. Connaissance, non pas au sens un peu revêche, un tantinet scolaire, d’un cumul érudit, mais d’un retour réfléchi de sensations.

A quel moment, d’ailleurs, peut-on dire que l’on comprend, un temps soit peu, un territoire nouveau ? A tout moment, après tout. Mais jamais complètement. « Ah ? », me direz-vous, et vous avez raison. Ce qui n’éclaire en rien notre propos, nous sommes d’accord.

Alors pour un premier jet, un billet bref, une esquisse sans trop d’esquive, comment dire l’indicible ? Inénarrable périple, par-delà une frontière sensible et tatillonne (que de paperasses !), par-dessus les montagnes (de moins en moins de neiges éternelles), jusqu’à la capitale syrienne, Damas, puis le désert, Palmyre, centre de nulle part, étendue entre les monceaux ocre,s les plis de rocaille, les sables volants. Ancienne folie de la reine Zénobie, sur la frange d’une oasis, verte comme il se doit, avec ses palmeraies adjacentes, ses fruits généreux, ses eaux vivantes.

En partant en Syrie, honnêtement, on s’attendait à tout. Là, c’est l’expérience libanaise qui parle, au moins autant qu’un postulat philosophique fondamental : ne jamais perdre le sens de l’étonnement. Mais on ne s’attendait pas, certainement pas, à ressentir « l’effet Liban » avec un tel écho. Et quelle rondeur ! Les tics de la région. Les accents locaux. Tout : nous avons tout reconnu. Comme si on s’habituait. On est un peu chez nous. Et pourtant, Liban et Syrie ne se ressemblent pas tout à fait.

Aller en Syrie depuis Beyrouth, c’est où ? Descendre vers l’avenue Charles Hélou. Gare routière en béton, fleuron des années 1960, époque du triomphe de la modernité automobile, quasiment pompidolienne en son temps, et plutôt grise 40 ans plus tard. Attendre que les taxis vous sautent dessus (compter deux secondes seulement), puis choisir. A vous de voir pour le standard. Voiture américaine, ça ira (point trop n’en faut, pour une première fois, et notre homme arrangera toutes les formalités à la frontière).

C’est ensuite, et ensuite seulement que l’on se rend compte de ce qu’on sait déjà. De ce qu’on a appris. Du chemin que l’on a accompli. Exemple. Au Liban, les bagnoles foncent, klaxonnent, et puent. On l’a déjà vu dans un de nos « chouei chouei » billets. Arrivés à la frontière, situé sur la crête des monts de l’Anti-Liban, passés les lacets à n’en plus finir (nids de poule, chaussée glissante, ponts cassés par les bombardements israéliens de 2006 à contourner, etc.), les check-points en veux-tu en voilà, traversées les étapes obligatoires (files d’attentes, visas, tampons, bref examen médical pour éviter d’importer la grippe porcine), nous avons basculé dans un ailleurs à la fois familier, et franchement bizarre.

Moins de bagnoles. Des rues larges, entretenues. Des pancartes partout, à l’effigie, majoritairement, du grand patron de la maison (moustache de rigueur, yeux clairs, costard), fils de son père (le Lion, disait-on), et père de la nation. Ici, on roule droit. Pas de doute là-dessus. L’armée est partout (casernes, par ci, casernes par là), qui vous le rappelle en passant. Rien à voir avec Beyrouth. L’armée, au Liban, protège les Libanais contre les Libanais. En Syrie, c’est un peu autre chose. Je ne détaille pas plus longtemps. L’autoritarisme, vous avez compris, ça vous dessine un certain type de paysage, ça vous impose un certain type de rapport à la loi.

En Syrie, une constatation, enfin. L’œil nous a tout dit, lors de notre excursion, de notre passage définitif du côté du Moyen-Orient. Beyrouth regarde encore de tous les côtés : Méditerranée, Atlantique, Amériques, Emirats arabes unis, Asie… La Syrie n’a plus exactement les mêmes tropismes, ni les mêmes mouvements d’hésitations. Moins de pas chassés, moins de tergiversations. Architectures (ommeyade, abbasside, ottomane,…), lumières (chaudes, jaunes, brûlantes), populations (Syriens, Bédouins, Saoudiens, Irakiens, etc), langue (arabe pour tout le monde, et c’est tant mieux : ce fut là l’occasion de s’immerger pleinement dans le dialecte de la région) forment un ensemble dont se dégage une cohérence nouvelle. Précisément, plus vous vous enfoncez dans le désert, plus le Liban vous semble loin, et plus Beyrouth vous paraît proche (intérieurement, par contrepoint, bien entendu). Je veux dire : le bordel et l'inattendu ont du bon. Les filles en jupes ou en maillot de bain, les terrasses où il est encore possible de boire une bière fraîche, les engueulades entre automobilistes qui ne finissent pas dans les larmes, mais dans des effusions de... "habibi !"

A défaut de pouvoir vous le démontrer (pas de géométrie dans ce blog !), il va falloir essayer de vous le montrer. Si je pars dans de grandes plages de divagations, on ne va pas s’en sortir. Un billet de blog, il faut que ça swingue. Alors des photos ne devraient pas tarder.