vendredi 15 mai 2009

Fais-le malin, mon coco, la pluie pourrait revenir !

Par Julien

Matin matinal, matin auroral. Matin à la fois laborieux et oisif. Et matin doux, sous le bleu de bleu du ciel. Matin malin, matin éternel. Qui attend quoi ? Le lendemain ? Jamais. Erreur. L’instant est là. Sous vos pieds, le tapis du devenir. Le devenir dans le là. Il faut savoir sentir, solliciter l'invisible, et le monde resplendit. Le temps, transfiguré en un tour de passe-passe.

Malgré les bouchons (7h30 : les vieux jouent au trictrac, les bagnoles fanfaronnent du klaxon), Beyrouth n’arrête pas de rire. C'est toujours comme ça. Il y a eu tellement de larmes, ici. Le chauffeur du bus me donne du « habibi », en me demandant si je sais où je vais. Est-ce je sais, moi ? Est-ce qu’il sait, lui ? « Malech ! » Pas de problème, mon biquet. On y va ! Hamra ! Ras-Beyrouth ! Le quartier même où la mosaïque beyrouthine vous saute aux yeux. La jeune femme, assise en face de moi, n’arrête pas de se marrer non plus. Pourquoi ? l fait chaud, pourtant. Pas la force de bouger. Tout le monde a chaud, ça se voit, chacun tire sur son bout de fenêtre pour faire venir de l’air (et du dioxyde de carbone, meilleur ami du promeneur). De l’air ! Roule, roule ! C'est si bon. La porte coulissante reste entrouverte pendant que le minivan fonce.

A midi, hier, c’était pire, c’était mieux, comme on veut. Le cagnard cognait sec. Détour par la pâtisserie, malgré tout. Pas folle la guêpe. On risquait d’être en rade de langues de chats. Détour nécessaire, envie insurmontable., que voulez-vous ? Dans l’échoppe, comme toujours, c’est quelques degrés en plus, et sans un filet d'air. Patience. Il faut savoir souffrir. « Noss kilo howda, wa noss kilo howda, min fadlak ». Il faut ce qu’il faut. Un demi kilo de chaque, s’il vous plaît. Ils nous prennent pour des fous, de fiffés gourmands, mais on y revient toujours, infatigables.

Qui je croise, après manger, dans cette journée sans dessus dessous ? Georgette. Un rire sur patte. « Marhaba, Georgette ». Elle éclate de rire. « Kiffic ? » Elle éclate de rire. Mais qu’est-ce que j’ai dit ? Elle est pas croyable, celle-là. Bon, ben je continue. J’arrive au boulot, et je retrouve une ribambelle d’amis attablés. C’est l’heure du café. Allez. On y va. On s’assoit un peu. De toute façon, depuis trois jours, je bosse comme un demeuré. Deux minutes assis ne vont quand même pas m’esquinter.

Et là, le croyez-vous, qu’est-ce que j’apprends ? La météo annonce de la pluie pour demain. « Chou ? » « Quoi ? » Et moi qui, hier matin encore, pensais que, conformément au sabir de nos amis beyrouthins, les prochaines pluies, nous ne les verrions qu’en octobre… En attendant, notre décision est prise, quelque soit le temps (d’ici là…). Le week-end de l’ascension, ce sera la Syrie. Damas et Palmyre.

jeudi 7 mai 2009

Rencontre avec Georges, notre premier locataire

Par Elodie

Après plus de deux semaines dans les odeurs acres de peinture brûlée au chalumeau, puis de peinture fraîche, nous avons retrouvé le calme de notre appartement. Un brin remis à neuf et désormais aussi sec qu’un sauna. Hier soir pourtant, un cri a déchiré cette joie paisible. Le mien bien sûr ! Je venais de faire connaissance avec notre premier locataire dans la salle de bain : Georges, un grand gaillard d’au moins cinq centimètres de long, ses antennes pointées vers mon pied. Georges, Blatta orientalis de son état, de l’ordre des Blattoptères, au sein du super-ordre des Orthoperoidae, dans l’infra-classe Neoptera, qui fait partie de la sous-classe Pterygota dans la classe Insecta bien sûr, du sous-embranchement Hexapoda au sein de l’embranchement Arthropoda, qui fait partie comme de bien entendu du règne animal. Georges donc, dont vous connaissez maintenant la classification phylogénétique exacte.

Pour faire plus simple, notre hôte est un cafard, cancrelat ou coquerelle pour nos amis d’Outre-Atlantique. Et Georges possède bien des qualités : il court vite, très vite, et il vole même ! Une tatane à la main, nous (j’avais appelé du renfort) avons fini par parvenir à nous débarrasser de ce spécimen quelque peu coriace. Mais Georges a bien marqué la fin de notre petite tranquillité, car il n’arrive jamais seul comme nous l’ont confirmé nos voisins, armés jusqu’aux dents pour faire face à de telles invasions : la bataille va bientôt commencer ! Mais rassurez-vous, nous avons mis les vivres en lieu sûr (après avoir dévalisé le rayon bocaux en verre de mon petit bric-à-brac préféré) et nous allons chercher de ce pas des munitions. Ce soir, la bombe (anti-cafards bien sûr) à la main, je m’en irai combattre les cousins de Georges dans les interstices des bouches d’aération.

mardi 5 mai 2009

Le mot "blog" ne rime-t-il pas avec périodicité intenable ?

Par Julien

Passage éclair sur Chouei Chouei Beyrouth, le blog. La période est agitée, florissante, foisonnante, et in(dé)finiment susceptibles de variations. Beaucoup de travail, pas mal de sorties, bien des découvertes. Je lance ce billet sur l'océan sans bien savoir s'il va atterrir quelque part. On n'a pas eu le temps de s'y remettre sérieusement.

Une chose est sûre. Le printemps bat son plein et le ciel est capable de tout. Plein soleil, cagnard hurlant, ou passages nuageux avec décharges d'humidité. Sans compter sur la fin du Khamsin (le vent du désert). Le toit du Liban change tout le temps. Pas plus tard qu'hier soir, ciel orange et laiteux, vent poussiéreux. Impossible de voir la ligne de crête du Mont Liban. Horizon bouché, vitres salopées. Et ce matin, Beyrouth est lumineuse. L'air est doux. Le soleil prépare son retour sur scène.

En attendant de pouvoir reprendre nos narrations aléatoires, nous continuons d'arpenter des kilomètres de rues brouillonnes. Sans lassitude aucune. A suivre...